mardi 17 janvier 2017

Un directeur d’anime revient sur les conditions pénibles de son industrie

par Eloïse Fan de mangas et de japanime, accompagnez-moi dans mes aventures ADN, folles et légèrement schizophrènes !

Un directeur d’anime revient sur les conditions pénibles de son industrie

En novembre dernier, un animateur de P.A. Works (Accel World, Afro Samurai : Resurrection, l'Attaque des Titans, Black Butler, Blood Blockade Battlefront, Blue Dragon, Canaan,...) a causé la polémique en postant sur les réseaux sociaux une photo de son budget. Une fois retiré les dépenses pour les déjeuners, le pass pour le bus et le loyer, il ne restait à @hoke_hokke que 1 477 yen (environ 12,22€) pour son usage personnel.

 
Les animateurs qui n'ont pas réussi à passer d'animateur intervalliste à animateur-clé au bout de trois années de travail doivent payer une facture de bureau de 6000 yen (49,62€) par mois.

Si l'on en croit le budget présenté, la plus grosse paye que l'animateur ait touchée était de 67 569 yen (soit 558,80€) en octobre 2016.

 

Bien que P.A. Works ait nié les charges imposées sur les bureaux, le studio a confirmé les autres frais présentés. Cela a posé une nouvelle fois la question des conditions de travail très difficiles de l'industrie de l'animation.

Business Journal a interviewé Osamu Yamasaki, directeur de l'anime Hakuôki et directeur de JAniCA (Japan Animation Creators Association), pour en apprendre plus sur cette situation.

En général, ses réponses confirment la pénibilité de la vie des animateurs.

Les animateurs sont payés pour leur rendement, donc ceux qui savent bien dessiner et qui sont rapides peuvent gagner jusqu'à 5 ou 6 millions de yen par an (entre 42 327€ et 49 601€) en début de carrière.

 

Cependant, pour y parvenir, il faut sacrifier sa vie sociale ou même sa vie tout court comme ils passent de longues heures au boulot (plus de dix heures de travail par jour). Et il n'est pas rare que des animateurs se retrouvent avec moins d'un million de yen (8 266,30€) par an.

Les trois premières années, quand les animateurs doivent développer leur talent comme animateurs intervallistes, sont les plus dures et beaucoup font des burn-out et démissionnent avant la fin de cet apprentissage.

© SHIROBAKO PROJECT

Bien que le Japon soit pourvu de travailleurs jeunes, talentueux et passionnés par son industrie de l'animation en abondance, un grand nombre d'entre eux perdent vite leurs rêves de vue et abandonnent. Pour le moment, le ratio est le suivant : seule une personne sur 10 entre dans cette industrie et y reste, estime Yamasaki.

Du coup, la classe d'âge la plus représentée dans le secteur de l'animation a déjà atteint la quarantaine et va sur les cinquante ans.

Ce sont ceux qui ont été attirés par des animes du type Space Battleship Yamato et Gundam Mobile Suit. Dans dix ans, la plupart auront la soixantaine et le futur de la production d'animes pourrait devenir brutal.

 

Les studios d'animation les mieux à même d'offrir des salaires compétitifs, une grande productivité et une stabilité de l'emploi sont les grands studios. Le résultat étant que les petits et moyens studios perdent systématiquement leurs jeunes talents.

Ceci a pour effet direct de les dissuader de former des animateurs de talent. À la place, ils embauchent en freelance des animateurs qu'ils pressent de produire vite le travail qui leur est alloué.

En conséquence, ces studios plus petits se caractérisent par des travailleurs inexpérimentés avec des compétences techniques, une productivité et des salaires bas.

Ceci entraîne de plus en plus d'animateurs vers des studios plus gros, créant un cercle vicieux.

© SHIROBAKO PROJECT

Afin de faire face au rendement croissant demandé à chaque saison d'animes, les plus gros studios sous-traitent leur travail à des studios plus petits mais les marges pour ce travail (après que les coûts de production ont été déduits) sont minces et ont tendance à être de moins en moins importantes. Si l'anime ne devient pas un hit, les studios risquent de grosses dettes (c'est pour cela qu'ils font des marchés avec des sponsors et des agences).

Bien que de gros succès comme Your name puissent profiter même aux animateurs intervallistes, pour la vaste majorité des animes, la plupart du staff n'est pas affecté par le chiffre d'affaire généré par leurs animes.

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Les profits sont en chute libre pour tous les animateurs, pas seulement pour les nouveaux dans l'industrie, déclare Yamasaki.

 

Alors pourquoi les animateurs font-ils ce métier ? Pour l'amour de l'art, bien sûr !

Dans la majorité des cas, c'est une passion débordante pour les animes ou le dessin qui a amené les animateurs à rentrer dans cette industrie et aussi ce qui les y retient. En plus, Yamasaki souligne que les animateurs ne sont pas du genre à s'inquiéter de question d'argent ou à s'assembler pour négocier avec la direction. Peu d'entre eux font entendre leur voix.

 

Il pense également que beaucoup de directeurs partagent ce sentiment  de crise que le directeur de Neon Genesis Evangelion, Hideaki Anno, a exprimé en 2015 quand il annonçait le déclin des ressources humaines et des fonds aloués à l'industrie comme raison principale de la chute imminente de l'industrie de l'animation dans les cinq années à venir.

Peut-être que l'industrie de l'anime a besoin de créer un nouveau modèle économique, déclare Yamasaki.

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Épisode 1

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