samedi 24 septembre 2016

Super-héros et Manga - Partie 2

par Sébastien ABDELHAMID Journaliste • Animateur TV • Comédien. Suivre sur Twitter | Facebook

Super-héros et Manga - Partie 2

Voilà la seconde partie de ce dossier sur les super-héros.

Rappelez-vous, nous nous étions quittés au moment où les super-héros japonais s'étaient en quelque sorte émancipés de leurs homologues américains et ils commençaient même à se diversifier !

Il semble donc logique de voir ce que sont ces nouveaux modèles sous lesquels se déclinent nos héros préférés !

Prêts ? Allez, c'est reparti !

1. Les Tokusatsu

Emblématiques du Japon, les Tokusatsu sont ces séries télévisées, ou films Japonais, bourrés d’effets spéciaux bon marché. Si le terme en soit ne vous parle pas forcément, vous en avez probablement déjà visionné. Il est juste impensable de parler de super- héros japonais sans évoquer les Tokusatsu.

Le terme Tokusatsu (contraction de tokubetsu satsuei littéralement "effets spéciaux") regroupe plusieurs sous-genres liés aux super-héros.

Même s’il est difficile de la dater précisément, l’apparition du Tokusatsu remonte là aussi au théâtre traditionnel japonais, plus exactement au Kabuki, aux effets spéciaux très sommaires, basés sur des pétards et des feux d’artifices, utilisés alors avec les marionnettes.

Le Tokusatsu tel qu’on le connaît est réellement né avec le film Godzilla dans les années 50. Ce film se range par ailleurs dans la sous-catégorie dite des Kaiju.

Les sous-genres du Tokusatsu qui nous intéressent apparaîtront un peu plus tard. A commencer par le plus connu d’entre eux : le super Sentai, communément appelé Sentai !

Un Sentai c’est une base commune à tout le genre : une équipe (généralement) de 5 héros, des costumes en textile avec une couleur différente pour chaque membre. Plus tard apparaîtra le robot géant.

Cette base commune est née avec l’arrivée de la série Go Ranger en 1975. Elle a été imaginée par un grand fan de super-héros évoqué un peu plus tôt : Shotaro Ishinomori ! L’auteur de Cyborg 009 tient une place essentielle dans le développement des Tokusatsu. L’élève de Tezuka sera à l’origine de plusieurs séries novatrices et de genres à part entière.

En France, le succès du Sentai est inévitablement lié à Bioman ! Diffusé initialement sur Canal + en 1985, il connaît un véritable succès avec son apparition dans le légendaire Club Dorothée dès 1987. Et quel succès ! A tel point que les Inconnus, humoristes très en vogue à l’époque, en font même une célèbre parodie.

Autre sous-catégorie du Tokusatsu les Henshin Hero.

« Henshin » voulant dire transformation, il s’agit donc de héros qui se transforment ; cette métamorphose pouvant induire une armure.

Là aussi on retrouve Ishinomori avec une série tout aussi culte au Japon : Kamen Rider ! Apparue en 1971, la série est encore diffusée sous différentes déclinaisons sur les écrans japonais. Le postulat de base est simple : un héros kidnappé par les méchants qui lui feront subir sa transformation avant qu’il se retourne contre eux. Le tout, à moto !

Le genre Henshin connu un succès important chez nous avec la série San Ku Kai d’abord diffusée au début des années 80 puis multi rediffusée par la suite.

Pour conclure avec les Tokusatsu, citons les métal héros un genre initié par X-Or avec là encore, à la manœuvre, l’incontournable Ishinimori !

Les Metal Hero sont, à l’inverse des Sentai ou des Kamen Rider, des héros solitaires venant d’ailleurs, vêtus d’une armure de combat (le plus souvent en métal) et chargés de défendre la terre.

Les Metal Hero arrivent après les succès des Sentai et Kamen Rider et pour cause. La Toei, voyant s’essouffler les audiences, décide de renouveler les codes et de créer un nouveau genre de héros.

C’est un pari réussi puisque la série connaîtra un succès énorme au Japon. Mais pas uniquement puisqu'elle s’exporte jusqu’en France et là aussi en réalisant un carton avec un générique (écrit par Antoine de Caunes) encore dans toutes les têtes.

Ces différentes séries marquent un vrai tournant dans l’industrie télévisuelle japonaise. Mais aussi dans la vision du super-héros version nippone à l’international.

C’est notamment le cas, ou presque, avec Power Rangers. En effet, le producteur Haiman Saban (connu en France pour avoir produit des génériques tels que Goldorak, Ulysse 31, etc…) décide en 1993 d’importer le Sentai aux Etats-Unis avec les Power Rangers. Sauf que, conscient que les américains auraient du mal à s’identifier à des Japonais, il décide de retourner toutes les scènes dans lesquelles les héros apparaissent sans costumes, avec des acteurs américains.

Résultat : succès phénoménal ! Le Sentai (et par là même, une des visions japonaises du super-héros) envahit alors les Etats-Unis ! Le comble avec Power Rangers c’est que la version US remixée sera également un succès au Japon ! Les acteurs originaux doubleront même les acteurs américains ayant repris leurs rôles. Assez fou !

2. Le flirt Marvel -Toei

Nous avons répété à plusieurs reprises à quel point l’influence des Comics américains sur la vision et le développement des super-héros au Japon a pu être grande ; l’inverse va aussi se produire, en quelque sorte.

Le succès de Kamen Rider ou encore Go Ranger va donner des idées au géant américain Marvel : adapter son super héros typiquement américain au marché japonais en mode Tokusatsu. Pour ce faire, ce sera Spiderman et un Henshin ! Spiderman aura droit à sa propre série au Pays du Soleil Levant mais sans les codes du Comics américain. Ici, la série sera une pure localisation. Exit Peter Parker et bonjour Takuya Yamashiro. Adieu la morsure d’araignée et salut le bracelet contenant l’ADN de l’araignée. Désormais, Spiderman fait de la moto et possède un robot géant : le Leopardon !

L’année suivante, en 1979, Marvel souhaite adapter un autre de ses super-héros fétiches au Japon : Captain America. Pour le coup, c’est assez complexe d’adapter un défenseur de l’Amérique au Japon, le projet deviendra finalement Battle Fever J. Un Sentai avec une équipe composée de membres venant de différents pays même si c’était sensé être proche de Captain America et des Avengers, à la base.

Marvel fera par la suite plusieurs fois appel à des mangaka pour travailler sur ses Comics, notamment les couvertures. C’est le cas de Kia Asamiya qui travailla sur X Men puis sur Batman pour le compte de DC ; ou encore Makoto Nakatsuka pour la collection Marvel Age.

Plus récemment, le géant américain fera adapter certaines de ses licences par MadHouse dans des anime de plutôt bonne facture.

La volonté de créer des ponts entre deux cultures du super-héros, à priori opposées, ne date donc pas d’hier. Aujourd’hui le Japon n’a rien à prouver et a su trouver non pas une identité, mais plusieurs qui lui sont propres.

3. Quand la réalité dépasse la fiction

La place du super-héros au Japon est telle que parfois la réalité dépasse la fiction.

Certains Japonais ont décidé de revêtir eux mêmes le costume de super-héros et de défendre des causes qui leur sont chères.

C’est le cas d’un Kamen rider à Fukuoka qui se balade avec un bandeau « Stop à l’état d’ivresse ».

Ou encore Chojin Neiger, protecteur de la préfecture d’Akita et riziculteur

Et si vous avez du mal à porter vos courses, vous pourrez compter sur le Ranger porteur du métro de Tokyo

Le Japon est une patrie de super-héros, d’ailleurs, lors de la tenue du G7, les Chefs d’Etats ont eu le privilège d’être accueillis par leurs avatars en version super-héros.

 

Conclusion

Depuis plus de 50 ans le Japon n’a eu de cesse d’inventer et réinventer le super-héros. Certains sont devenus de véritables icônes, d’autres des curiosités. Quoiqu’il en soit, il y a fort à parier qu’avec la nouvelle génération de Super-Héros made in Japan, tels que One Punch Man ou My Hero Academia, nous tenons la relève. Et quelle relève !

Les anime à voir après avoir lu cet article

My Hero Academia

Bande-annonce 1

ONE PUNCH MAN

Épisode 1

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