vendredi 18 novembre 2016

Rap et Manga - Le CLASH - Round 2

par Sébastien ABDELHAMID Journaliste • Animateur TV • Comédien. Suivre sur Twitter | Facebook

Rap et Manga - Le CLASH - Round 2

Dans la première partie du dossier Rap et Manga, nous avons évoqué l’influence du Rap et du Hip-Hop dans les Mangas. Cette deuxième partie, sera quant à elle consacrée à l’inverse : l’influence du Manga dans le Rap !

La pop culture est une influence globale pour le rap. Le cinéma par exemple a bien sûr influencé et marqué particulièrement le rap français, et certains films en particulier, Scarface en tête, pour le meilleur et pour le pire.

Le manga, est une des inspirations les plus récurrentes et ce, quelles que soient les générations de rappeurs. Une inspiration en plusieurs temps, qui gagne en force, en qualité et en originalité au fil des années.

Les premières rimes dédiées aux mangas datent du début / milieu des années 90. Le Club Dorothée n’y est évidemment pas étranger. Beaucoup de MC français grandissent devant la célèbre émission et ses, non moins célèbres, Anime. Il est donc naturel de retrouver un peu du programme culte dans leurs textes. Ce que le rappeur Zekwe Ramos a superbement bien résumé dans son morceau tout simplement intitulé Génération Club Dorothée.

L’influence du Manga dans le Rap s’est faite par phase : au début / milieu des années 90, la référence reste timide, discrète, elle parlera aux connaisseurs sans pour autant choquer les autres. On est dans du name dropping pur : un rappeur citait un manga, un personnage, une technique issue de ce manga sans vraiment de rapport avec les morceaux en eux-mêmes. La référence servant souvent de comparaison. En clair, on place une référence pour le fun ou la rime.

Comme sur le morceau Est-ce que ça le fait  de Doc Gynéco en featuring avec Passi, qui date de 1996, dans lequel on a eu droit à une double référence à Dragon Ball Z : d’abord avec Gyneco (2:42) comme Végéta, le super guerrier de l’espace, j’ai mauvaise réputation et un cœur de glace et ensuite de la part de Passi (3:01) Comme Sangoku sur Sega Fireeee.

Ou encore Shurik’n du groupe I am en 1997 sur le morceau Elle donne son corps avant son nom  (0:43 sec) Pas question de s’embrouiller, de se faire plier par Golgoth 13 (référence supposée à Goldorak et ses Golgoth ou, selon un avis minoritaire, au manga Golgo 13).

Même si ces deux morceaux datent des années 90, le name dropping a encore de beaux jours devant lui comme le prouve Mister You : J’suis Végéta et en même temps Sangoku, j’suis dans la merde jusqu’au coup à 1:27 du morceau Paré pour décoller.

Ou encore Booba dans Bakel City Gang (3:12) et son célèbre J’te tire dessus comme Cobra Brahh.

Et bien sûr, PNL. Pas besoin de morceau, choisissez-en un, vous trouverez forcément une référence à Dragon Ball Z.

Le Manga et l’animation japonaise prenant toujours davantage de place dans la vie de la jeunesse française au fil des ans, les références se font de plus en plus appuyées. Dépassant le simple stade du name dropping, les rappeurs ne souhaitant plus être dans du fan service pur et simple mais dans une volonté de mettre l’univers, les personnages, au service du morceau et vice versa.

A l’instar du groupe Havrais Bouchées Doubles qui invite le comédien de doublage Eric Legrand alias Végéta sur un morceau.

Un des deux membres du duo en la personne de Tiers-Monde, réaffirmera son amour pour le manga quelques années plus tard. Le titre de son premier album solo Toby or not Toby étant une double référence. Au livre Racines tout d’abord, mais également au personnage de Toby dans Naruto.

 

Si jamais le doute persistait, il ne sera plus permis avec ses Molo bolo sessions en compagnie de ses musiciens habillés en… Toby.

Il multipliera les références tout au long de ses deux albums solo avec en point d’orgue un titre appelé Death Note.

Côté clip, récemment le marseillais Jul a rendu hommage à sa manière à Dragon Ball Z (encore) dans son clip My World contenant des passages animés faisant clairement référence à l’œuvre d’Akira Toriyama.

Dragon Ball Z reste, malgré les années, une référence forte et omniprésente. Ce qui prouve si besoin est que l’impact de l’œuvre de Toriyama est encore palpable. Le Rap français comptabilisera même en ses rangs un groupe composé de Saïyens (NDA : orthographe officielle de la Toei) et ce dès 1998 avec le Saïan Supa Crew.

 

Si l’influence de Goku (en fait, c’est davantage celle de Végéta, mais ne vexons personne) et ses comparses est toujours présente, le duo One Piece / Naruto a vite gagné les faveurs des rappeurs français, notamment des plus jeunes générations, mais pas que.

Ces deux mangas, en particulier, montrant un certain renouveau et un nouvel essor dans le Shonen, le Rap français démontre une fois de plus qu’il est un vecteur de tendance efficace.

Le rappeur Guizmo samplera Naruto pour son titre J’attends la banquise.

Quand Alivor nommera un de ses titres Roronoa Zorro.

Pour sa part Maître Gims, multipliera les références aux deux mangas tout au long de sa carrière. Son nom de scène venant lui même de One Piece. Gims étant le verlan de Meugi abréviation de Mugiwara (chapeau de paille en VF), Mugiwara étant le surnom de Luffy et son équipage.

Comment faire plus claire référence qu’avec son clip Sharingan en compagnie du groupe Shin Sekai (en référence au nouveau monde de One Piece) et Orelsan.

Orelsan justement, représente parfaitement cette frange de rappeurs complètement accro aux mangas. Nous ne listerons pas les références de ces rappeurs, il y en a bien trop ! Si vous aimez le rap et les mangas, les rappeurs que nous allons évoquer maintenant sont incontournables.

Orelsan a donc imposé un style au gré de ses albums parsemant références et hommages de haut niveau, comme dans le clip Ils sont cools en featuring avec son acolyte, Gringe.

Son amour pour le manga le mènera jusqu'à un de ses rêves d’enfant : doubler le héros d’un Anime, en l’occurrence, Saitama dans One Punch Man.

Il fait office de pionnier, et c’est peut-être celui qui a le plus évoqué les mangas dans ses textes : j’ai nommé Ol Kainry. Se surnommant lui-même l’ermite pas net, le rappeur du 91 ne s’en est jamais caché, il est un vrai Otaku. Il est rare de trouver un de ses morceaux sans une petite référence. Vrai passionné, il sait exactement de quoi il parle, et il en parle bien. Bien au-delà du name dropping, il sait comment parler aux fans de Manga. Il est essentiel pour tout passionné de se refaire toute la discographie de Dyf.

Un de ses multiples morceaux aux références bien marquées : Namek.

Namek, c’est là où nous emmène Demi-Portion. Ce rappeur originaire de Sète est un mordu de Dragon Ball Z. Plus qu’évident lorsqu’on voit la pochette de son album Dragon Rash.

 

La passion de Demi-Portion pour DBZ ne s’arrête pas là. Présente dans ses textes évidemment, mais aussi dans ses clips, notamment sur le titre éponyme de son album Dragon Rash.

Focalisé principalement sur Dragon Ball, l’univers de Demi-Portion est original et cohérent. C’est pour cela que rien ne choque en voyant un Shenron géant au milieu d’un clip sans aucun rapport avec les 7 boules de cristal.

Il serait injuste et fou de conclure ce passage en revue sans évoquer Nekfeu, sans aucun doute un des rappeurs ayant le plus gros bagage concernant le Manga. Passionné par Urasawa et des œuvres comme 20th Century Boys, ses textes regorgent de références à un panel très large de mangas. Le nom de l’un de ses groupes : Seine Zoo est en fait un jeu de mot en référence au Senzu. Le haricot magique de Dragon Ball.

C’est d’ailleurs avec le S Crew qu’il apparaît habillé en Ken Kaneki de Tokyo Ghoul dans l’excellent clip Fausse Note

Que ce soit Nekfeu ou le S Crew au complet, c’est une valeur plus que sûre en tout point.

Ces nombreux exemples ne sont qu’une infime représentation de la présence du manga dans le Rap français ; impossible de citer tous les rappeurs ou morceaux tant ils sont nombreux. Il est intéressant de constater qu’il n’y a pas eu de phénomène d’érosion ni même d’effet de mode. Au contraire, des années après ses premières et timides incursions dans le Rap français, le Manga est toujours plus présent. Sa pluralité en fait une source d’inspiration quasi sans fin et ce, pour notre plus grand plaisir.

Les anime à voir après avoir lu cet article

Naruto

Épisode 1

Dragon Ball Z - Battle of gods, Film

FILM

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